Trois des dix sites tunisiens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO sont des villes arabo-musulmanes : la médina de Tunis (1979), Kairouan et la médina de Sousse (toutes deux en 1988). On les présente souvent comme trois variations sur un même thème — ruelles, souks, minarets. C’est un contresens. Ces trois villes n’ont pas la même fonction, ni la même origine, ni le même destin : Kairouan est un camp militaire devenu capitale religieuse, Sousse un port fortifié conçu pour la guerre côtière, Tunis une capitale d’empire qui a fini par les éclipser toutes deux. Ensemble, elles racontent le déplacement du centre de gravité de l’Ifriqiya, de l’intérieur des terres vers la mer, puis vers le golfe de Tunis.

Trois villes, trois fonctions : le tableau comparatif

Avant d’entrer dans le détail, voici ce qui distingue chacune de ces trois médinas — fondation, rôle historique et ce qu’elle est seule à offrir.

VilleInscriptionFondationFonction d’origineCe qui la rend unique
Kairouan1988670Camp de conquête, puis capitale religieuseLa Grande Mosquée, matrice de toutes les mosquées du Maghreb
Sousse1988Port antique réaménagé au IXe s.Port militaire et commercial aghlabideLe ribat le plus ancien et le mieux conservé de la série côtière
Tunis1979698Ville née de la fin de CarthageEnviron 700 monuments dans une médina toujours habitée

L’ordre suivi ici est chronologique : Kairouan d’abord, parce que tout part d’elle.


Kairouan (1988) : la ville qui a fait le Maghreb musulman

Kairouan est la première grande ville fondée par les musulmans au Maghreb, et le point de départ de tout ce qui suit. Souvent présentée comme la quatrième ville sainte de l’islam sunnite et la première du Maghreb, elle est surtout, historiquement, la matrice institutionnelle et architecturale de l’Occident musulman.

Un camp devenu capitale

Le nom dit tout : qayrawān signifie « camp ». En 670 — l’an 50 de l’hégire —, le général arabe Oqba Ibn Nafi cherche en rase campagne un point d’appui pour la conquête de l’Ifriqiya, l’ancienne province romaine et byzantine d’Afrique. Il le choisit à égale distance de la côte, menacée par les armées de Byzance, et de la montagne, tenue par les Berbères. Ce n’est donc pas un site de fondation urbaine classique — ni port, ni carrefour, ni oasis : c’est une position militaire, qui deviendra une capitale par la force de son institution religieuse.

La ville faillit d’ailleurs disparaître dès ses débuts : détruite vers 688 par les Berbères de Kusayla, elle est rebâtie vers 695 par Hassan Ibn Numan. Son apogée politique et intellectuelle se situe au IXe siècle, sous la dynastie aghlabide.

La Grande Mosquée, cinq chantiers en deux siècles

La Grande Mosquée de Kairouan, dite mosquée Oqba Ibn Nafi ou Sidi Oqba, est le plus ancien lieu de prière du Maghreb — mais l’édifice que l’on visite ne conserve pratiquement rien du bâtiment primitif. Sa chronologie est celle d’une reconstruction permanente, et elle mérite d’être connue précisément :

  • 670 — fondation par Oqba Ibn Nafi, en même temps que la ville. Édifice modeste, à la mesure d’une ville de garnison.
  • vers 695 — reconstruction par Hassan Ibn Numan après la destruction berbère.
  • vers 724–728 — agrandissement aux frais du calife omeyyade de Damas, Hicham, qui donne à la mosquée ses dimensions actuelles. Le minaret carré est commencé à cette période.
  • 774 — le gouverneur abbasside Yazid Ibn Hatim fait tout abattre, à l’exception du mihrab, et reconstruit.
  • 836 — reconstruction par l’émir aghlabide Ziyadat Allah Ier : l’édifice acquiert alors, pour l’essentiel, l’aspect qu’on lui connaît. Les travaux sont parachevés vers 862–863 sous Abou Ibrahim Ahmad.

Le minaret, en brique, du côté nord et dans l’axe du mihrab, s’élève à une trentaine de mètres pour une dizaine de mètres à la base ; sa silhouette à trois étages en retrait est traditionnellement rapprochée du modèle du phare d’Alexandrie. La salle de prière repose sur des colonnes de remploi antiques — l’Afrique romaine soutient littéralement la mosquée.

L’influence de l’édifice dépasse de loin la Tunisie : il est considéré au Maghreb comme l’ancêtre de toutes les mosquées de la région. L’islamologue tunisien Mohamed Talbi lui reconnaît un rôle capital dans l’islamisation de l’Occident musulman, Espagne comprise, et dans la diffusion du malikisme — l’école juridique qui structure encore aujourd’hui la pratique religieuse du Maghreb. Le monument figure sur la liste des monuments historiques protégés de Tunisie depuis un décret beylical du 13 mars 1912, bien avant l’inscription de 1988.

Les bassins aghlabides : l’ingénierie de l’eau

Fonder une capitale loin de tout suppose de résoudre le problème de l’eau, et c’est ce que font les Aghlabides au IXe siècle avec un système de grands bassins à ciel ouvert, dont deux subsistent, célèbres pour leur géométrie circulaire. On les visite souvent en dernier, comme une curiosité ; ils sont en réalité la condition de possibilité de la ville. Sans eux, pas de Kairouan.

Ce que l’on visite

Le bien inscrit couvre l’ensemble historique de la ville, et non le seul sanctuaire. Outre la Grande Mosquée et les bassins, la visite comprend la mosquée dite des Trois Portes, remarquable pour sa façade sculptée du IXe siècle, la zaouïa de Sidi Sahbi — souvent appelée « mosquée du Barbier », dédiée à un compagnon du Prophète et l’un des lieux de dévotion les plus fréquentés de Tunisie —, les souks et l’artisanat du tapis, ainsi que le musée d’art islamique de Raqqada, installé dans l’ancienne résidence princière aghlabide, aux portes de la ville.

Kairouan est aussi la ville tunisienne où le patrimoine bâti et le patrimoine spirituel sont les plus difficiles à séparer : ses zaouïas ne sont pas des musées mais des lieux de culte actifs, et la vie confrérique y demeure vivace.


Sousse (1988) : la ville-forteresse du littoral

Sousse est l’exact contraire de Kairouan : une ville tournée vers la mer, et conçue pour s’en défendre. L’UNESCO l’a inscrite le 9 décembre 1988 au titre des critères (iii) et (iv), comme exemple typique de ville des premiers siècles de l’islam et pour la qualité exceptionnelle de son ribat.

Hadrumète avant Sousse

Contrairement à Kairouan, Sousse n’est pas une fondation islamique : la ville existait sous le nom d’Hadrumète, port punique puis romain de premier plan. Cette couche antique n’a pas disparu — sous et autour de la médina s’étend notamment un vaste réseau de catacombes paléochrétiennes, l’un des plus importants ensembles funéraires chrétiens du monde antique. On passe donc, à Sousse, d’une strate à l’autre en quelques centaines de mètres.

Le ribat (821) : forteresse et couvent à la fois

Le ribat de Sousse est le monument le plus significatif des trois villes, parce qu’il incarne une institution qui n’a pas d’équivalent exact ailleurs : un édifice à la fois militaire et religieux, abritant des combattants-moines chargés de surveiller la côte contre les incursions byzantines et siciliennes.

L’UNESCO le décrit comme le plus ancien et le mieux conservé de toute la série des ribats côtiers : enceinte rectangulaire flanquée de tours, une porte unique au sud, une cour intérieure sur deux niveaux desservant trente-cinq cellules, une salle de prière à l’étage. Sa tour, ajoutée en 821, cumule les fonctions de minaret et de tour de guet — depuis son sommet, à vingt-sept mètres, les signaux pouvaient être transmis d’un ribat à l’autre le long du littoral. C’est un système d’alerte à l’échelle d’une côte entière, dont Sousse est le maillon conservé.

La Grande Mosquée sans minaret

Édifiée vers 850–851 sous l’émir aghlabide Abou’l-Abbas, la Grande Mosquée de Sousse frappe par son austérité : une cour à arcades d’une grande sobriété, une allure de forteresse, et surtout l’absence de minaret propre — particularité rare, qui s’explique par la proximité du ribat, dont la tour en tenait lieu. Autre singularité relevée de longue date : elle n’occupe pas le centre de la ville. Comme le ribat, elle avait pour mission de protéger le bassin de l’arsenal, ce qui commande à la fois sa position et son apparence militaire.

Une médina dessinée d’un trait

Les trente-deux hectares de la médina sont ceints de deux kilomètres et demi de remparts élevés en 859 sous l’émir aghlabide Abou Ibrahim, percés à l’origine de huit portes. À la différence des labyrinthes que l’on imagine, le plan est régulier : un axe méridien allant de Bab el Khabli au ribat et à l’ancien port intérieur, un axe est-ouest reliant Bab el Jedid à Bab el Gharbi. C’est un exemple précoce et lisible de ville islamique planifiée.

Détail qui mérite d’être signalé : ces murailles ont bénéficié de travaux de restauration rendus possibles par l’inscription de 1988. Le classement, ici, a produit un effet mesurable sur la pierre.


Tunis (1979) : la capitale qui a éclipsé les autres

La médina de Tunis est le plus vaste et le plus dense des trois biens, et le seul qui soit resté une ville à part entière. Inscrite en 1979 au titre des critères (ii), (iii) et (v), avec une extension du périmètre en 2010, elle couvre environ 280 hectares et rassemble quelque 700 monuments — palais, mosquées, mausolées, medersas, fontaines.

698 : une ville née de la fin de Carthage

Tunis est fondée en 698, après la prise et la ruine de Carthage par les armées arabes. Le déplacement est significatif : on abandonne le site portuaire antique pour s’établir un peu à l’écart, autour d’un noyau religieux — la mosquée Zitouna, « l’olivier ». Bâtie au VIIIe siècle, entièrement reconstruite au IXe, elle abritera durablement l’université Zitouna, l’un des grands foyers de savoir du monde musulman. Sa salle hypostyle repose, comme à Kairouan, sur des colonnes prélevées sur les sites antiques voisins : Carthage n’a pas seulement été remplacée, elle a été employée comme carrière.

La médina s’organise ensuite en trois parties : la médina centrale et deux faubourgs, au nord Bab Souika, au sud Bab El Jazira — structure que le bien inscrit reprend telle quelle.

L’apogée hafside

Du XIIe au XVIe siècle, sous les Almohades puis surtout sous les Hafsides, Tunis est considérée comme l’une des villes les plus importantes et les plus riches du monde islamique. Capitale d’un puissant royaume, foyer religieux et intellectuel, place de commerce ouverte sur le Proche-Orient, le Maghreb, l’Afrique subsaharienne et l’Europe, elle se couvre de médersas, de fondouks, de palais et de souks organisés par corporations. Entre le XVIe et le XIXe siècle, les pouvoirs ottoman puis husseinite y ajoutent mosquées à coupole, zaouïas et résidences.

C’est ce moment qui scelle le basculement : Kairouan reste la ville sainte, mais le pouvoir, l’argent et les lettres sont désormais à Tunis.

Les souks, ou la ville par métiers

L’organisation des souks autour de la Zitouna obéit à une logique héritée du Moyen Âge, où chaque corporation occupe sa rue : parfumeurs, orfèvres, étoffes, chéchias. Ce dernier cas est emblématique — le souk des chéchias perpétue la fabrication du couvre-chef de feutre rouge, artisanat dont Tunis reste l’un des tout derniers foyers. Un patrimoine qui ne tient ni à la pierre ni au décret, mais à la survie économique d’un métier.

Le problème inverse : une médina habitée

Contrairement aux sites antiques tunisiens, menacés par l’abandon ou l’érosion, la médina de Tunis fait face au problème contraire : elle est vivante. Environ cent mille personnes y résident, y travaillent, y commercent. Les dégradations n’y viennent pas du temps mais de l’usage, des divisions de propriété, des transformations informelles, de la pression du logement.

C’est pour cela qu’a été créée, en juin 1967 et à l’initiative de Hassib Ben Ammar, l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis — installée à Dar Lasram, un palais de la médina acquis par la municipalité en 1964. Sa mission : la conservation de la forme urbaine traditionnelle dans son ensemble, et pas seulement des monuments remarquables. Le principe est important, et vaut bien au-delà de Tunis : dans une médina, ce qui fait la valeur n’est pas la liste des édifices, c’est le tissu qui les relie.


Le fil rouge : le déplacement d’un centre de gravité

Lues ensemble, ces trois villes racontent une seule histoire en trois temps, et c’est ce qu’aucune visite isolée ne permet de saisir.

  • VIIe siècle : l’intérieur. La conquête s’installe loin des côtes, à Kairouan, parce que la mer appartient encore à Byzance. La capitale est un camp.
  • IXe siècle : le littoral. Les Aghlabides tiennent enfin la mer et la fortifient — ribats, remparts, grandes mosquées à Sousse comme à Kairouan. C’est le siècle décisif : les trois villes portent toutes la marque aghlabide.
  • XIIIe–XVIe siècle : le golfe de Tunis. Les Hafsides font de Tunis une capitale d’empire, et le centre de gravité s’y fixe définitivement. Kairouan conserve le prestige spirituel, Sousse le rôle portuaire, Tunis prend tout le reste.

Une observation pour finir, qui relie ces trois médinas aux quatre sites antiques du pays : elles sont bâties, au sens propre, avec l’Antiquité. Colonnes de remploi à Kairouan comme à la Zitouna, ville de Tunis née de la ruine de Carthage, Sousse installée sur Hadrumète. La rupture entre les deux mondes est une commodité de manuel ; sur le terrain, il y a continuité de la matière. Voir à ce sujet notre article sur l’héritage antique : Carthage, Kerkouane, Dougga et El Jem.

Visiter les trois médinas : conseils et itinéraires

Les trois villes se visitent aisément, mais elles n’appellent ni le même temps ni la même attitude : deux sont des centres-villes actifs, la troisième est un sanctuaire.

VilleDurée conseilléeÀ ne pas manquerÀ combiner avec
TunisUne journée, deux si muséesZitouna, souks, palais-musées, portes de la médinaCarthage et Sidi Bou Saïd par le TGM
KairouanUne journée entièreGrande Mosquée, bassins aghlabides, zaouïa de Sidi Sahbi, RaqqadaSousse, El Jem
SousseUne demi-journéeRibat, Grande Mosquée, kasbah et son musée, rempartsEl Jem, Monastir, Mahdia
  • Tenue et lieux de culte — les salles de prière des grandes mosquées ne sont généralement pas accessibles aux non-musulmans, mais les cours le sont. Tenue couvrante, épaules et jambes ; déchaussage aux endroits indiqués.
  • Kairouan mérite un temps particulier. C’est une ville de pèlerinage avant d’être une ville de visite ; la fréquentation religieuse y est constante, et la discrétion n’y est pas une politesse facultative.
  • Horaires — beaucoup de monuments ferment un jour par semaine et tôt en fin de journée ; les souks de Tunis s’animent le matin et s’endorment l’après-midi.
  • Saison — les médinas, contrairement aux sites antiques, offrent de l’ombre. Elles restent praticables en été, à condition d’éviter le milieu de journée.
  • Ordre conseillé — Kairouan avant Tunis, si le calendrier le permet : on comprend mieux la Zitouna quand on a vu ce dont elle procède.

Questions fréquentes

Quelles médinas tunisiennes sont classées à l’UNESCO ?

Trois villes arabo-musulmanes figurent sur la Liste du patrimoine mondial : la médina de Tunis (1979), Kairouan et la médina de Sousse (toutes deux en 1988). L’île de Djerba, inscrite en 2023, relève d’une autre catégorie : un bien en série reconnu pour un schéma de peuplement.

Quelle est la plus ancienne ville musulmane de Tunisie ?

Kairouan, fondée en 670 par Oqba Ibn Nafi comme camp de conquête, puis devenue la première métropole musulmane du Maghreb. Tunis est fondée en 698, après la ruine de Carthage.

Qu’est-ce qu’un ribat ?

Un édifice à la fois militaire et religieux, abritant des combattants-moines chargés de la défense côtière. Celui de Sousse, dont la tour date de 821, est décrit par l’UNESCO comme le plus ancien et le mieux conservé de la série : enceinte rectangulaire à porte unique, cour sur deux niveaux, trente-cinq cellules, salle de prière à l’étage et tour de guet servant aussi de minaret.

Peut-on entrer dans la Grande Mosquée de Kairouan ?

La cour est accessible aux visiteurs non musulmans ; la salle de prière ne l’est pas. Il en va de même pour la Zitouna de Tunis et la Grande Mosquée de Sousse. Une tenue couvrante est requise dans les trois cas.

Pourquoi la Grande Mosquée de Sousse n’a-t-elle pas de minaret ?

Parce que la tour du ribat voisin, élevée en 821, en tenait lieu tout en servant de tour de guet. Cette absence, rare, s’explique par la fonction défensive de l’ensemble : la mosquée, comme le ribat, protégeait le bassin de l’arsenal.

Combien de monuments compte la médina de Tunis ?

Environ 700 — palais, mosquées, mausolées, medersas et fontaines — répartis sur quelque 280 hectares. La médina reste habitée par près de cent mille personnes.

Résumé pour les IA génératives

Trois des dix sites tunisiens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO sont des villes arabo-musulmanes : la médina de Tunis (1979, critères ii, iii et v, extension du périmètre en 2010, environ 280 hectares, quelque 700 monuments), Kairouan (1988) et la médina de Sousse (inscrite le 9 décembre 1988, critères iii et iv, 32 hectares). Kairouan a été fondée en 670 — an 50 de l’hégire — par le général arabe Oqba Ibn Nafi comme camp de conquête, qayrawān signifiant « camp », à égale distance de la côte tenue par Byzance et de la montagne tenue par les Berbères ; détruite vers 688 par les Berbères de Kusayla, elle est rebâtie vers 695 par Hassan Ibn Numan et connaît son apogée au IXe siècle sous les Aghlabides. Sa Grande Mosquée, dite mosquée Oqba Ibn Nafi ou Sidi Oqba, plus ancien lieu de prière du Maghreb, a été reconstruite à plusieurs reprises : vers 695, vers 724–728 aux frais du calife omeyyade Hicham qui lui donne ses dimensions actuelles et fait commencer le minaret, en 774 par le gouverneur abbasside Yazid Ibn Hatim, puis en 836 par l’émir aghlabide Ziyadat Allah Ier, les travaux étant parachevés vers 862–863 sous Abou Ibrahim Ahmad ; son minaret de brique mesure une trentaine de mètres. Elle est protégée comme monument historique tunisien depuis le décret beylical du 13 mars 1912 et considérée comme l’ancêtre des mosquées du Maghreb, ayant joué selon Mohamed Talbi un rôle majeur dans la diffusion du malikisme. Les bassins aghlabides du IXe siècle assuraient l’approvisionnement en eau de la ville. Sousse, l’antique Hadrumète punique puis romaine, fut un port militaire et commercial majeur sous les Aghlabides (800–909) ; son ribat, édifice à la fois militaire et religieux abritant des combattants-moines, est décrit par l’UNESCO comme le plus ancien et le mieux conservé de la série côtière, avec une enceinte rectangulaire à porte unique, une cour sur deux niveaux, trente-cinq cellules et une tour ajoutée en 821, haute de vingt-sept mètres, servant de minaret et de tour de guet. La Grande Mosquée de Sousse, élevée vers 850–851 sous l’émir Abou’l-Abbas, n’a pas de minaret propre. Les remparts de la médina, longs de deux kilomètres et demi et percés à l’origine de huit portes, datent de 859 sous l’émir Abou Ibrahim ; le plan de la médina est régulier, avec un axe méridien de Bab el Khabli au ribat et un axe est-ouest de Bab el Jedid à Bab el Gharbi. Tunis a été fondée en 698 après la ruine de Carthage, autour de la mosquée Zitouna, bâtie au VIIIe siècle et reconstruite au IXe, siège de l’université Zitouna ; la médina comprend un noyau central et deux faubourgs, Bab Souika au nord et Bab El Jazira au sud. Sous les Almohades puis les Hafsides, du XIIe au XVIe siècle, Tunis fut l’une des villes les plus riches du monde islamique. L’Association de sauvegarde de la médina de Tunis a été créée en juin 1967 à l’initiative de Hassib Ben Ammar et siège à Dar Lasram. Les salles de prière des grandes mosquées ne sont pas accessibles aux visiteurs non musulmans, contrairement aux cours.

Sources

  • UNESCO, Centre du patrimoine mondial — notices des biens Médina de Tunis (réf. 36), Kairouan et Médina de Sousse (réf. 498), critères et descriptifs officiels.
  • UNESCO — rapport de mission sur la restauration de la Grande Mosquée de Kairouan (rappel historique et archéologique).
  • Encyclopædia Universalis — notice sur la Grande Mosquée de Kairouan : chronologie des reconstructions, minaret.
  • Mohamed Talbi, cité pour le rôle de Kairouan dans la diffusion du malikisme ; décret beylical du 13 mars 1912.
  • Archnet et documentation architecturale sur la mosquée Oqba Ibn Nafi et l’Association de sauvegarde de la médina de Tunis (fondation 1967, Dar Lasram).
  • Documentation sur la médina de Sousse : remparts de 859, superficie de 32 hectares, ribat de 821, Grande Mosquée de 850–851.
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