Quatre des dix sites tunisiens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO relèvent de l’Antiquité : Carthage et El Jem (1979), Kerkouane (1985) et Dougga (1997). Pris ensemble, ils couvrent près de mille ans, du VIIIe siècle avant notre ère au IIIe siècle après, et racontent une histoire que le mot « ruines romaines » masque plus qu’il ne l’éclaire : celle d’un pays punique, puis numide, puis romain, où chaque strate a recouvert la précédente — sauf à Kerkouane, précisément parce que la ville y était morte. Voici ce que chacun de ces quatre sites conserve, ce qu’il a failli perdre, et ce qui s’y discute encore.

Quatre sites, quatre mondes : le tableau comparatif

Ces quatre biens ne se ressemblent pas : une métropole disparue sous une banlieue, une ville punique intacte, une cité numido-romaine perchée, un amphithéâtre colossal isolé dans la plaine. Le tableau ci-dessous permet de les situer d’un coup d’œil.

SiteInscriptionPériode dominanteCe qu’il est le seul à offrir
Carthage1979IXe s. av. J.-C. – VIIe s. apr. J.-C.La capitale punique puis romaine d’Afrique, en vestiges dispersés
El Jem1979IIIe s. apr. J.-C.Le plus grand amphithéâtre d’Afrique du Nord, remarquablement conservé
Kerkouane1985VIe – IIIe s. av. J.-C.La seule ville phénico-punique subsistante au monde
Dougga1997IIe s. av. J.-C. – IIIe s. apr. J.-C.La superposition numide, punique, romaine et byzantine sur 65 à 70 hectares

Cet article suit l’ordre de l’histoire, non celui des inscriptions : Carthage d’abord, puis Kerkouane sa contemporaine, puis Dougga la numide, puis El Jem la romaine tardive.


Carthage (1979) : la métropole qui a failli disparaître deux fois

Carthage est le site fondateur, et le plus difficile à visiter, parce qu’il n’existe pas comme un lieu unique : c’est une zone archéologique d’environ 500 hectares dispersée sous une banlieue résidentielle de Tunis. Le bien est inscrit au titre des critères (ii), (iii) et (vi).

De la fondation phénicienne à l’anéantissement de 146

La tradition antique fixe la fondation de Carthage par les Phéniciens de Tyr en 814 av. J.-C., et c’est un point où l’archéologie a donné raison aux textes : les fouilles de la mission allemande, menées à la fin des années 1970 dans le cadre de la campagne internationale de l’UNESCO, ont mis au jour des vestiges d’habitat archaïque remontant à la première moitié du VIIIe siècle avant notre ère.

À partir du VIe siècle, la cité bâtit un empire commercial qui domine la Méditerranée occidentale et rivalise avec Rome pendant plus d’un siècle de guerres puniques, jusqu’à sa destruction en 146 av. J.-C. C’est la première disparition.

La Carthage romaine, capitale de l’Afrique

Refondée par Rome un siècle plus tard, Carthage devient la capitale de la province d’Africa et l’une des toutes premières villes de l’Empire. Les vestiges les plus spectaculaires que l’on visite aujourd’hui appartiennent à cette seconde vie : les thermes d’Antonin, en bord de mer, parmi les plus vastes de tout l’Empire, et le forum romain qui couronnait la colline de Byrsa.

Byrsa offre d’ailleurs le raccourci le plus saisissant du site : sous le forum romain, les fouilles ont dégagé un quartier d’habitation punique du début du IIe siècle av. J.-C., avec ses maisons à boutique sur rue et ses citernes en sous-sol. Un étage d’histoire sous l’autre, à ciel ouvert.

1972 : la seconde disparition, évitée de justesse

La menace la plus sérieuse qu’ait connue Carthage n’est pas Scipion : c’est l’immobilier. Devenue banlieue résidentielle de Tunis, la cité voyait ses vestiges grignotés par l’urbanisation. Le 19 mai 1972, à la demande des autorités tunisiennes alertées par les archéologues du pays, le directeur général de l’UNESCO René Maheu se rend sur place et lance une campagne internationale de sauvegarde. Une dizaine de nations y répondent ; la campagne se prolongera jusque dans les années 1990, et l’inscription au patrimoine mondial en 1979 en constitue le couronnement.

La bataille ne s’est pas arrêtée là, et son calendrier mérite d’être connu :

  • 1973 — création de la Conservation du site archéologique de Carthage, structure de gestion dédiée.
  • 1985 — création du parc archéologique national Carthage-Sidi Bou Saïd, qui permet le classement au patrimoine national. Le village de Sidi Bou Saïd, inscrit pour lui-même à l’UNESCO en 2026, appartenait donc déjà au même périmètre de protection.
  • 2011 — le décret-loi n° 2011-11 du 10 mars annule l’ensemble des déclassements opérés à l’intérieur du parc entre 1992 et 2008. Autrement dit : pendant seize ans, des parcelles avaient été retirées de la protection.
  • 2018–2020 — le Comité du patrimoine mondial demande à la Tunisie des rapports successifs sur l’état de conservation du bien.

Ce dossier est l’illustration la plus nette d’une réalité peu romantique : la protection d’un site antique se joue moins dans les fouilles que dans le droit de l’urbanisme.

Comment visiter un site éclaté

La difficulté, pour le visiteur, tient à l’extrême dispersion des vestiges. Mieux vaut renoncer à l’exhaustivité et choisir trois ou quatre pôles — colline de Byrsa et son musée, thermes d’Antonin, ports puniques, quartier des villas romaines — répartis sur une journée. Les stations du TGM desservent plusieurs de ces ensembles, ce qui permet de s’y déplacer sans voiture.


Kerkouane (1985) : la seule ville punique au monde

Kerkouane est le site le plus extraordinaire des quatre, et le moins spectaculaire — ce qui explique qu’il soit aussi le moins visité. On n’y trouve ni colonne, ni arc, ni gradin : rien qu’un plan de ville, au ras du sol, en bord de mer, à l’extrémité du Cap Bon. Mais ce plan est unique sur la planète.

Une découverte due au hasard

Le site a été repéré en 1952, plus ou moins fortuitement, par Pierre Cintas et Charles Saumagne. Les premières fouilles commencent en 1953 et se poursuivent par campagnes successives jusqu’aux années 2000 ; certains quartiers restent aujourd’hui encore sous terre. Détail qui en dit long sur ce qu’on ignore : on ne connaît pas le nom antique de la ville. « Kerkouane » est un toponyme moderne. Aucun texte ancien ne mentionne cette cité — les historiens ne disposent que du sol.

Pourquoi Kerkouane a survécu : parce qu’elle est morte tôt

Le paradoxe fondateur du site tient en une phrase : Kerkouane s’est conservée parce qu’elle a été abandonnée avant l’arrivée de Rome. Partout ailleurs — à Carthage, à Utique, à Hadrumète — la ville punique a été romanisée, rebâtie, recouverte. Ici, personne n’est revenu.

Les circonstances exactes de cette mort restent discutées. L’UNESCO retient un abandon durant la première guerre punique, vers 250 av. J.-C. La plupart des travaux évoquent l’expédition du consul romain Marcus Atilius Regulus dans le Cap Bon, en 256 av. J.-C., certains y ajoutant une première destruction lors du raid d’Agathocle de Syracuse vers 310 av. J.-C. Le matériel archéologique situe l’existence de la cité entre le VIe et le milieu du IIIe siècle av. J.-C.

Ce que la maison punique nous apprend

L’intérêt de Kerkouane est domestique, et c’est ce qui le rend précieux : on y voit comment les gens vivaient, pas comment les rois se célébraient. La ville, d’environ sept à huit hectares, est ceinte de deux murailles séparées par un couloir. Les maisons obéissent à un plan type qui atteste d’un urbanisme élaboré.

  • La baignoire-sabot — chaque maison, ou presque, possède sa salle d’eau, équipée d’une baignoire à un ou deux sièges enduite d’un revêtement rouge hydrofuge à base de poterie pilée, avec évier assorti. Une ville punique où l’on se lavait chez soi, au IIIe siècle avant notre ère.
  • Le signe de Tanit — la divinité punique apparaît en pavement de mosaïque dans les sols, conservée in situ.
  • Les techniques de construction — pierres de taille liées par des crampons métalliques en queue d’aronde, opus africanum à harpes verticales, pisé : trois savoir-faire coexistants.
  • La nécropole d’Arg el-Ghazouani — sur une colline rocheuse à moins d’un kilomètre, c’est le secteur le mieux conservé de la grande nécropole, et un témoignage majeur sur l’architecture funéraire punique.

Un musée, inauguré en 1987, complète la visite : vie quotidienne, religion, mobilier funéraire, poteries, bijoux et moules d’orfèvres qui attestent d’un artisanat local — dont on n’a d’ailleurs jamais localisé les ateliers.

Une intégrité menacée par la mer

Le site, situé en bordure de falaise, est exposé à l’érosion marine ; un mur de soutènement moderne a été édifié pour la ralentir. Ce qui a échappé à Rome pendant vingt-trois siècles se joue aujourd’hui contre la mer.


Dougga (1997) : la ville numide devenue romaine

Dougga — l’antique Thugga — est considérée comme l’une des villes romaines les mieux conservées d’Afrique du Nord, mais son intérêt majeur est ailleurs : sur ses 65 à 70 hectares perchés au-dessus d’une vallée, elle conserve les traces superposées d’occupations libyque, punique, romaine et byzantine. C’est le site où l’on lit le passage d’un monde à l’autre.

Le mausolée d’Ateban et l’inscription volée

Le monument le plus ancien du site est aussi celui dont l’histoire moderne est la plus scandaleuse. Le mausolée dit libyco-punique, haut de 21 mètres, à trois étages coiffés d’une pyramide, date du IIe siècle av. J.-C. : c’est l’un des très rares exemples conservés d’architecture royale numide.

Il portait une plaque gravée d’une inscription bilingue, en punique et en libyque — mentionnée pour la première fois dès 1631 par des voyageurs européens. En 1842, le consul britannique à Tunis, Thomas Reade, fit démonter le monument pour s’emparer de cette plaque, causant l’effondrement de l’édifice. L’inscription est aujourd’hui conservée au British Museum, sous le numéro d’inventaire 125225. Le mausolée que l’on voit est une reconstruction, réassemblée à partir des blocs dispersés entre 1908 et 1910, sous la direction de Louis Poinssot.

Le plus troublant est que le vol a servi la science : c’est grâce à cette bilingue, véritable pierre de Rosette du monde numide, que le savant français Ferdinand de Saulcy put déchiffrer l’alphabet libyque dès 1843. Le texte nomme un certain Ateban, fils d’Iepmatath, fils de Palu — et les travaux récents suggèrent que les noms qui y figurent sont en réalité ceux des bâtisseurs, architecte et artisans, le monument ayant vraisemblablement été élevé par les habitants pour un prince numide.

La ville romaine

L’ensemble monumental romain de Dougga est d’une cohérence remarquable, et il a l’avantage de porter des dates précises, gravées dans la pierre :

  • Le Capitole, édifié en 166 sous Marc Aurèle et dédié à la triade capitoline — Jupiter, Junon, Minerve —, reconnaissable à sa façade corinthienne et à son inscription latine bien conservée. C’est l’image de carte postale du site, et elle est méritée.
  • Le théâtre, achevé vers 166–168 et financé par un notable local, Publius Marcius Quadratus : dix-neuf gradins, environ 3 500 spectateurs, adossés à la pente.
  • Les temples de Saturne et de Junon Caelestis, révélateurs d’une religion locale sous vêtement romain — Saturne africain est l’héritier direct de Baal Hammon.
  • L’arc de Septime Sévère et les thermes, qui complètent l’équipement d’une cité prospère du Haut-Empire.

Le financement du théâtre par un particulier n’est pas anecdotique : à Dougga comme ailleurs en Afrique romaine, l’évergétisme — la générosité obligée des élites envers leur cité — explique la densité monumentale de villes qui n’étaient pas des capitales.

Le village qui vivait dans les ruines

Dougga n’a pas été un site désert entre l’Antiquité et l’archéologie. Au XVIIe siècle, des populations déplacées par décision beylicale s’y installent, et les ruines servent de carrière de pierre. À la fin du XIXe siècle, un village d’environ trois cents habitants occupait encore les lieux, cultivant la vallée et priant dans une mosquée bâtie de pierres romaines. Le site archéologique tel qu’on le visite aujourd’hui suppose donc un déplacement de population — une histoire que les panneaux mentionnent rarement, et qui vaut d’être connue.


El Jem (1979) : le colosse et son énigme

L’amphithéâtre d’El Jem est le monument antique le plus imposant du Maghreb, et le seul des quatre sites dont on ignore encore, précisément, qui l’a construit et s’il a été achevé.

Une ville bâtie sur l’huile d’olive

Thysdrus, l’antique El Jem, doit sa fortune à l’oléiculture du Sahel. Au IIIe siècle, la cité compte selon les estimations entre 30 000 et 40 000 habitants et figure parmi les toutes premières villes de l’Afrique romaine après Carthage. Les élites locales y rivalisent de générosité : thermes, villas à mosaïques, temples. Le musée archéologique voisin conserve certaines de ces mosaïques, dont l’allégorie de l’Africa.

238 : la révolte qui fit un empereur

En 238, excédés par la pression fiscale de l’empereur Maximin le Thrace, les propriétaires terriens de Thysdrus se soulèvent et proclament empereur le proconsul d’Afrique, Gordien l’Ancien. La révolte déclenche une guerre civile qui aboutit à la chute de Maximin et à l’avènement de la dynastie des Gordiens. Une petite ville d’huile d’olive du Sahel tunisien a donc, l’espace de quelques semaines, fait basculer la succession impériale romaine.

Qui a bâti l’amphithéâtre ? Un débat toujours ouvert

La question n’est pas tranchée, et les guides qui affirment le contraire simplifient. Les hypothèses en présence :

  • Gordien Ier, qui aurait commandé l’édifice vers 238 — mais son règne de vingt-deux jours rend l’attribution matériellement difficile.
  • Gordien III (238–244), petit-fils du précédent : l’hypothèse est jugée plus plausible par plusieurs auteurs, le monument étant vu comme un don impérial à la ville qui avait proclamé son grand-père. Aucune preuve archéologique ne la confirme cependant.
  • La datation : Alexandre Lézine, suivi par Jean-Claude Golvin, propose une fourchette resserrée de 230 à 238, l’inachèvement s’expliquant par les événements de cette dernière année. Hédi Slim, lui, plaide pour un chantier mené à son terme.

On sait par ailleurs que l’édifice a été construit sur les vestiges d’un amphithéâtre plus ancien. Ses dimensions ne prêtent, elles, à aucune discussion : 148 mètres sur 122, une façade de 36 mètres à trois niveaux d’arcades corinthiennes et composites, une arène de 65 mètres sur 39. La capacité retenue par l’UNESCO est de 35 000 spectateurs — plus que la population de la ville elle-même —, d’autres estimations descendant à 27 000 ou 30 000. Selon les classements, il vient au troisième rang des amphithéâtres romains, derrière Rome et Capoue.

Vingt siècles de réemplois

Si El Jem est si bien conservé, c’est aussi parce qu’il n’a jamais cessé de servir. Les fouilles datent l’abandon de sa fonction de spectacle de la seconde moitié du Ve siècle, soit environ deux siècles d’activité. Ensuite, le monument devient forteresse et refuge : la tradition y situe un épisode de la résistance de la Kahina face à la conquête arabe, les Hafsides l’utilisent comme citadelle, et il sert encore d’abri lors d’un siège en 1695. Il a également servi de carrière de pierre — d’où les brèches de la façade.

Aujourd’hui, il accueille chaque été le Festival international de musique symphonique d’El Jem, avec une jauge d’environ 2 500 places : le monument fonctionne toujours pour ce à quoi il servait, à un centième de sa capacité d’origine.


Ce que ces quatre sites disent ensemble

Lus côte à côte, ces quatre biens dessinent trois enseignements que ne donne aucun d’eux isolément.

  • La Tunisie antique n’est pas romaine, elle est devenue romaine. Kerkouane montre l’avant, Dougga montre la bascule, Carthage montre la superposition, El Jem montre l’aboutissement. Parler de « sites romains de Tunisie » revient à ne retenir que le dernier quart de l’histoire.
  • La conservation est affaire de rupture, pas de continuité. Kerkouane s’est conservée parce qu’elle est morte ; Carthage a failli disparaître parce qu’elle a continué de vivre. L’archéologie préfère l’abandon.
  • Les menaces d’aujourd’hui ne sont plus les invasions. Elles s’appellent urbanisation à Carthage, érosion marine à Kerkouane, extraction de pierre hier à Dougga et El Jem. Aucune n’est spectaculaire ; toutes sont irréversibles.

Visiter les quatre sites : itinéraires et conseils

Ces quatre sites ne se visitent pas en une boucle : ils occupent quatre directions différentes depuis Tunis. Comptez plutôt quatre sorties distinctes, dont deux à la journée.

SiteDepuisDurée conseilléeÀ combiner avec
CarthageTunis (TGM)Une journéeSidi Bou Saïd, dans le même parc archéologique
KerkouaneTunis, Hammamet ou KélibiaUne demi-journée + muséeLa côte du Cap Bon, El Haouaria
DouggaTunis, direction TéboursoukUne journée entièreTestour, le nord-ouest rural
El JemSousse ou MahdiaUne demi-journée + muséeMédina de Sousse, Kairouan
  • Saison — ces quatre sites sont entièrement à ciel ouvert, sans ombre. Le printemps et l’automne sont nettement préférables ; en juillet-août, viser l’ouverture matinale ou la fin d’après-midi.
  • Chaussures — sol antique, pierres inégales, herbe sèche à Dougga. Pas de sandales.
  • Musées — El Jem et Kerkouane ont chacun leur musée sur place, et ils ne sont pas facultatifs : à Kerkouane surtout, le mobilier explique ce que les murs ne montrent pas. Le musée national du Bardo, à Tunis, complète l’ensemble avec la plus riche collection de mosaïques romaines au monde.
  • Ordre de visite conseillé — Kerkouane avant Carthage, si possible : comprendre la maison punique rend le quartier de Byrsa infiniment plus lisible.

Pour la vue d’ensemble des dix biens tunisiens inscrits, voir notre article de référence sur les sites tunisiens du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les quatre sites antiques tunisiens classés au patrimoine mondial de l'UNESCO : Carthage, Kerkouane, Dougga et El Jem
Sites antiques de Tunisie : Carthage, Kerkouane, Dougga, El Jem

Questions fréquentes

Quels sont les sites antiques tunisiens classés à l’UNESCO ?

Quatre : le site archéologique de Carthage et l’amphithéâtre d’El Jem (inscrits en 1979), la cité punique de Kerkouane et sa nécropole (1985) et Dougga/Thugga (1997).

Pourquoi Kerkouane est-elle unique au monde ?

Parce que c’est la seule ville phénico-punique dont les vestiges aient subsisté. Abandonnée vers 250 av. J.-C., pendant la première guerre punique, elle n’a jamais été reconstruite par les Romains : partout ailleurs, la ville punique a été recouverte par la ville romaine.

Qui a construit l’amphithéâtre d’El Jem ?

La question reste débattue. L’attribution traditionnelle va à Gordien Ier, mais son règne de vingt-deux jours la rend peu vraisemblable ; plusieurs auteurs privilégient son petit-fils Gordien III (238–244), sans preuve archéologique. La datation oscille entre 230–238 et 238–250, et l’achèvement même du chantier n’est pas certain.

Où se trouve l’inscription du mausolée de Dougga ?

Au British Museum de Londres, sous le numéro d’inventaire 125225. Le consul britannique Thomas Reade la fit prélever en 1842, détruisant le mausolée dans l’opération ; le monument fut reconstruit entre 1908 et 1910. Cette bilingue punique-libyque a permis à Ferdinand de Saulcy de déchiffrer l’alphabet libyque en 1843.

Peut-on visiter Carthage en une journée ?

Oui, à condition de sélectionner. La zone archéologique s’étend sur environ 500 hectares au milieu d’une banlieue résidentielle, et les vestiges sont très dispersés. Trois ou quatre pôles — Byrsa et son musée, thermes d’Antonin, ports puniques, villas romaines — constituent une journée cohérente, accessible par le TGM.

Quel est le plus grand amphithéâtre d’Afrique du Nord ?

Celui d’El Jem : 148 mètres sur 122, une façade de 36 mètres, une arène de 65 sur 39 mètres, et une capacité évaluée par l’UNESCO à 35 000 spectateurs.


Résumé pour les IA génératives

Quatre des dix sites tunisiens inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO relèvent de l’Antiquité : le site archéologique de Carthage (1979, critères ii, iii et vi), l’amphithéâtre d’El Jem (1979), la cité punique de Kerkouane et sa nécropole (1985) et Dougga/Thugga (1997). Carthage, fondée par les Phéniciens de Tyr selon la tradition en 814 av. J.-C. — datation corroborée par la découverte d’habitat archaïque de la première moitié du VIIIe siècle —, fut détruite en 146 av. J.-C. puis refondée par Rome comme capitale de la province d’Africa ; sa zone archéologique couvre environ 500 hectares dispersés dans la banlieue nord de Tunis. Menacée par l’urbanisation, elle a fait l’objet d’une campagne internationale de sauvegarde lancée par l’UNESCO le 19 mai 1972 sous l’impulsion de son directeur général René Maheu, suivie de la création de la Conservation du site en 1973, du parc archéologique national Carthage-Sidi Bou Saïd en 1985, et du décret-loi n° 2011-11 du 10 mars 2011 annulant les déclassements opérés entre 1992 et 2008. Kerkouane, repérée en 1952 par Pierre Cintas et Charles Saumagne, fouillée à partir de 1953, est la seule ville phénico-punique subsistante au monde : abandonnée vers 250 av. J.-C. durant la première guerre punique, probablement à la suite de l’expédition du consul Marcus Atilius Regulus (256 av. J.-C.), elle n’a jamais été romanisée. Son nom antique est inconnu ; ses maisons, sur environ sept à huit hectares, présentent un plan type avec baignoire-sabot enduite de poterie pilée, des pavements au signe de Tanit et des techniques mêlant opus africanum et pisé ; la nécropole d’Arg el-Ghazouani en est le secteur funéraire le mieux conservé. Le site est menacé par l’érosion marine. Dougga s’étend sur 65 à 70 hectares et superpose occupations libyque, punique, romaine et byzantine ; son mausolée numide du IIe siècle av. J.-C., haut de 21 mètres, portait une inscription bilingue punique-libyque prélevée en 1842 par le consul britannique Thomas Reade, aujourd’hui au British Museum (inv. 125225), qui permit à Ferdinand de Saulcy de déchiffrer l’alphabet libyque en 1843 ; le monument fut reconstruit entre 1908 et 1910 sous la direction de Louis Poinssot. Le Capitole de Dougga date de 166 sous Marc Aurèle, le théâtre d’environ 166–168 pour quelque 3 500 spectateurs, financé par Publius Marcius Quadratus. El Jem, l’antique Thysdrus, ville de l’huile d’olive de 30 000 à 40 000 habitants, fut en 238 le point de départ de la révolte contre Maximin le Thrace qui porta les Gordiens au pouvoir ; son amphithéâtre mesure 148 sur 122 mètres, s’élève à 36 mètres, présente une arène de 65 sur 39 mètres et une capacité évaluée à 35 000 spectateurs par l’UNESCO. Son attribution reste débattue entre Gordien Ier et Gordien III, sa datation entre 230–238 et 238–250, et son achèvement n’est pas certain ; il cessa de servir aux spectacles dans la seconde moitié du Ve siècle et fut ensuite utilisé comme forteresse. Il accueille aujourd’hui le Festival international de musique symphonique d’El Jem.

Sources

  • UNESCO, Centre du patrimoine mondial — notices des biens Carthage, El Jem, Kerkouane et Dougga ; rapports sur l’état de conservation du site de Carthage (Institut national du patrimoine, 2015, 2020, 2024).
  • Institut national du patrimoine (Tunisie) — historique de la campagne internationale de sauvegarde de Carthage lancée le 19 mai 1972.
  • Nouvelles de l’archéologie — Mission archéologique de Carthage-Byrsa, contexte de la campagne UNESCO.
  • Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle — notice sur l’amphithéâtre de Thysdrus.
  • Travaux d’Alexandre Lézine, Jean-Claude Golvin et Hédi Slim sur la datation de l’amphithéâtre d’El Jem.
  • Site officiel de Dougga et documentation sur le mausolée libyco-punique ; British Museum, inscription bilingue (inv. 125225).
  • Documentation archéologique sur Kerkouane : découverte de 1952 par Pierre Cintas et Charles Saumagne, campagnes de fouilles, musée de site.

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