Immuable procession mystique de Sidi Bou Saïd, la kharja, fameuse sortie issawia, a encore une fois de plus célébré en cet ensoleillé dimanche 7 août 2016, le meilleur de la Tradition spirituelle tunisienne.

Sur sa délicate et parfumée colline méditerranéenne, aristocratique beauté à peau blanche et aux doux yeux bleus, antique sanctuaire baigné de brise de mer, le village maraboutique de Sidi Bou Saïd, capitale des poètes, peintres et walis, s’est encore offert une belle fête populaire. Cavalier, chaouch, sanjaks, bendirs, les enfants du pays ont joyeusement répondu présent et fait honneur à leur patrimoine, leur rang, en renouvelant avec force et conviction, leurs coutumes et foi. Poursuivant respectueusement la voie tracée par les anciens, les ancêtres, les aînés, tous les pères de leurs pères, ils ont mené à bien leur annuelle dévotion, double marche en quête d’éveil et divines protections. Battements, percussions, prières, chants, zikhr, transe, extases, accomplir ces gestes et rites immémoriaux avec énergie, zèle et ardeur, enchanteresse osmose entre de profonds cheminements intérieurs et un vaste mouvement de suiveurs, liesse partagée sans distinction d’origine ni de classe, c’est affirmer collectivement une vision glorieuse du monde, manière sereine et souriante d’être et de vivre, souveraine et vénérable civilisation de la nation tunisienne.

Rendez-vous incontournable des calendriers et éphémérides soufis, et des agendas des estivants, la kharja séduit et réjouie ainsi tous ses sympathisants et participants par son ambiance conviviale et sa ferveur unique. Cœur sacré d’une cité multiséculaire et de sa chaîne initiatique encore plus ancienne, la zaouia de Sidi Bou Saïd, Famille des familles, rassemble en une identité et un ordre social qui lui est propre, tous les habitants, jeunes et anciens, ses cheiks, princes et ulémas, comme ses plus modestes citoyens. Tous, serviteurs d’un même Dieu, porteurs des mêmes us et valeurs, mêmes souffles et principes, chair et sang écrasés d’azur et d’amour, en sortent l’âme nettoyée et fortifiée, bienheureux possesseurs d’un paradis terrestre, valeureux gardiens d’une porte céleste : Sidi Bou Saïd !