Haut-lieu de religion et spiritualité, Meghara, la grotte de recueillement du nord d’Ifrikyia, espace sacré, racé, mystique et mythique, avec ses rites et ses symboles enluminés, avec ses gouffres et ses abîmes en cascades déployées, échos terrifiants et profonds, théâtre d’ombres, d’éveil et cruauté, demeure le foyer premier des esprits initiés. Univers minéral, animal et végétal de l’irraisonné, vortex foisonnant et bigarré, l’art pariétal ainsi abordé, instinctif, primitif, langage primal des devins, prophètes et chamanes, prêtres et peintres en quête d’augures, transes et ascensions inspirées, visions totémiques et géométrie sidérale, guide au-delà des enfers les corps et les âmes. Véritable forme du réel tangible et perceptible, le cerveau reptilien du créatif décrypte et projette ses souvenirs de règne, celui inconscient du temps reculé des âges farouches et sauvages, des ténèbres inexpliquées, bêtes féroces et hordes affamées. Rien d’académique ici, ni d’idéal, juste du brut, du sombre, du rugueux, sous ses ivres pinceaux et sa palette enchantée, le plasticien boussaïdien Malek Saadallah renoue avec les codes et Portes de la Tradition. A l’instar des légendaires vitraux de Lascaux et Chauvet, matrice à Mystères précédant les livres et les Temples, la toile-paroi de l’artiste capture des repères et constellations, faunes et flores ancestrales transfigurés, à en devenir une intuitive cathédrale, nef naturelle parée pour le voyage vertical, l’antique autel de la catabase et sa Sagesse éternelle : le salut de l’âme !

(*Tableaux de Malek Saadallah, artiste-peintre, Sidi Bou Saïd.)