C’est avec une immense tristesse que nous annonçons le décès, survenu ce jour, le 2 mars 2025, d’Ahmed Souabni, artiste peintre tunisien reconnu. Né le 1er octobre 1944 à Djerba, une île du sud de la Tunisie, il résidait depuis 1946 à Hammam-Lif, près de Tunis. Diplômé de l’École Nationale des Beaux-Arts de Tunis en 1970, Ahmed Souabni a marqué de son empreinte la scène artistique tunisienne, laissant derrière lui un héritage précieux.

Son parcours a débuté dans les années 1970 comme illustrateur, notamment pour des contes pour enfants publiés par la Société Tunisienne de Diffusion (STD). Après avoir enseigné les arts plastiques, il s’est pleinement consacré à la peinture à partir des années 1990, devenant une figure notable de l’art contemporain en Tunisie. Son œuvre, profondément ancrée dans les traditions et le patrimoine tunisien, a exploré l’iconographie des arts populaires. Considéré comme l’un des pionniers d’une tendance « orientale » dans la peinture tunisienne, il a su conjuguer réalisme et une technique personnelle faite de touches légères, de glacis et d’éclaboussures, donnant à ses tableaux une luminosité suggestive, souvent comparée à l’éclat des pierres précieuses.

Ahmed Souabni excellait dans les portraits, les paysages et les scènes de la vie quotidienne. Ses portraits au fusain d’artistes tels que Zoubeïr Turki, Mohamed Ghalia et Caliga ont impressionné par leur précision, tandis que ses peintures Le dromadaire et Le Parc national de Boukornine, immortalisées sur des timbres tunisiens de « premier jour d’émission », témoignent de son talent unique. Les femmes, les chevaux, les voiliers et les instants de vie quotidienne, qu’il affectionnait particulièrement, vibraient dans ses œuvres d’une beauté empreinte de rêverie.

Ses expositions régulières, en Tunisie et à l’étranger, notamment à la galerie Saladin de Sidi Bou Saïd, ont révélé des créations inédites saluées comme une « fête pour l’œil ». J’ai eu le bonheur de collaborer à plusieurs de ces expositions chez Galerie Saladin, aux côtés de Ridha Souabni, son galeriste attitré. Ces moments privilégiés ont permis de mettre en lumière des œuvres qui incarnaient la fraîcheur et la vivacité de son style, comme l’a si bien exprimé le calligraphe Nja Mahdaoui : « Lorsque Souabni expose, le printemps se déplace même en décembre. »

En résumé, Ahmed Souabni fut un peintre d’exception, dont la maîtrise technique, la sensibilité au patrimoine culturel et la capacité à saisir l’émotion et la beauté ont assuré sa place parmi les grands artistes tunisiens. Sa disparition laisse un vide immense, mais son œuvre continuera de rayonner, témoignant d’un talent qui transcende le temps. Nos pensées accompagnent sa famille, ses proches et tous ceux qui, comme moi, ont eu l’honneur de croiser son chemin lumineux.