Henda Labidi est une artiste émergente captivante qui, depuis 10 ans, de toiles en toiles, contribue à l’art contemporain tunisien de ses pinceaux inspirés. Mais ce n’est pas seulement son talent qui captive : sa gentillesse et sa générosité font d’elle une figure unique, une étoile encore discrète qui mérite de briller davantage sous les projecteurs de la scène artistique.
Le Premier Pinceau et une Exposition qui Change Tout
En 2015, Henda Labidi n’était pas encore un nom que l’on chuchotait dans les cercles artistiques tunisiens. Mais cette année-là, quelque chose de magique s’est produit. Chez Galerie Saladin, le fameux espace culturel fondé par Ridha Souabni en 2011, galerie d’art de prestige nichée dans les ruelles blanches et bleues de Sidi Bou Saïd, elle a dévoilé sa première exposition personnelle, « Imagine ». Des toiles abstraites à l’acrylique, vibrantes de couleurs, où ses émotions – ses rires, sa colère, ses espoirs – prenaient vie sous des formes fluides et audacieuses. Les visiteurs étaient captivés, mais ce qui les touchait encore plus, c’était Henda elle-même. Elle accueillait chacun avec une chaleur sincère, prenant le temps d’écouter, de partager, d’expliquer. Une femme au talent immense, mais au cœur encore plus grand.

Quand la Nature Devient Aquarelle
Puis vint 2020, un tournant inattendu. Chez Galerie Saladin, du 9 au 23 février, sous la précieuse direction artistique de Dhafer Djellouli, Henda a dévoilé sa troisième exposition personnelle. Cette fois, elle a surpris tout le monde. Aux côtés de ses acryliques abstraites, elle a présenté 25 aquarelles délicates, comme des poèmes visuels dédiés à la nature. Des fleurs printanières, des feuillages d’automne, des bouquets d’été. « Ce sont mes histoires naturelles », expliquait-elle aux visiteurs, les invitant à plonger dans son univers avec une douceur contagieuse.
Les Influences Artistiques de Henda Labidi : Une Danse entre Maîtres et Mémoire
Imaginez Henda Labidi, seule dans son atelier, une toile vierge devant elle. Elle ferme les yeux un instant, et dans son esprit se mêlent les échos de son enfance et les ombres des grands maîtres qu’elle admire. Kandinsky, Mondrian, Miró, Georges Mathieu – ces géants de l’art moderne et abstrait sont comme des guides invisibles qui dansent avec elle à chaque coup de pinceau. Mais Henda ne se contente pas de les imiter ; elle les invite dans son univers tunisien, où les couleurs des montagnes et les murmures de la nature viennent transformer leurs leçons en quelque chose d’unique, d’intime, de profondément personnel.
Wassily Kandinsky : La Musique des Couleurs
Henda a souvent parlé de sa fascination pour Wassily Kandinsky, le pionnier de l’abstraction qui voyait les couleurs comme des notes de musique. Elle aime raconter comment, petite, elle écoutait le vent siffler dans les vallées d’El Ayounn, imaginant des symphonies dans les teintes ocre et vert des paysages. Dans ses acryliques abstraites, on retrouve cette influence : des explosions de couleurs vibrantes, comme des accords qui résonnent, où le rouge exprime une colère sourde et le bleu une liberté douce-amère. « Kandinsky m’a appris que la peinture peut chanter », dit-elle avec un sourire timide, et ses toiles semblent fredonner des mélodies qu’elle seule entendait enfant.
Piet Mondrian : La Quête de l’Essentiel
Puis il y a Piet Mondrian, avec ses lignes nettes et ses compositions géométriques réduites à l’essentiel. Si Henda ne reproduit pas ses grilles rigides, elle avoue que son goût pour la simplicité et la structure lui doit beaucoup. Dans ses œuvres, les formes abstraites ne sont pas chaotiques ; elles s’organisent subtilement, comme si elle cherchait un équilibre entre le désordre de ses émotions et une harmonie intérieure. « Mondrian m’a montré qu’on peut dire beaucoup avec peu », confie-t-elle. Ses toiles, même dans leur fougue, gardent une retenue élégante, un écho de cette discipline qu’elle admire.
Joan Miró : Le Rêve et la Fantaisie
Joan Miró, avec ses formes ludiques et son imagination débordante, est une autre étoile dans son ciel artistique. Henda rit doucement quand elle parle de lui : « Il me rappelle les jeux de mon enfance, quand je voyais des visages dans les nuages ou des créatures dans les branches. » Ses peintures abstraites portent cette touche de fantaisie – des courbes espiègles, des motifs qui dansent comme des personnages d’un conte. Mais chez Henda, ces formes ne sont pas seulement ludiques ; elles portent la mémoire des paysages tunisiens, comme si Miró avait prêté son pinceau à une conteuse d’El Ayounn.
Georges Mathieu : L’Énergie du Geste
Enfin, Georges Mathieu, maître de l’abstraction lyrique, résonne dans l’énergie brute de ses coups de pinceau. Henda admire la spontanéité de Mathieu, cette façon de laisser l’émotion guider la main sans réfléchir. Lors de sa première exposition en 2015, on pouvait voir cette influence dans les empâtements audacieux et les traits rapides qui traversaient ses toiles. « Avec Mathieu, j’ai appris à ne pas avoir peur de crier sur la toile », explique-t-elle. Cette intensité se retrouve dans ses acryliques, où la colère ou la joie jaillissent comme des éclairs, contrastant avec la douceur de ses aquarelles plus récentes.
Une Tunisienne qui Réinvente ses Maîtres
Mais Henda Labidi ne se perd pas dans ces influences ; elle les réinvente avec une âme tunisienne. Ses aquarelles de 2020, par exemple, marquent un tournant : là où Kandinsky aurait composé une symphonie abstraite, elle peint des fleurs sauvages qui semblent pousser directement sur le papier, ancrées dans ses souvenirs. Mondrian inspire son goût pour l’ordre, mais elle le brise avec la sauvagerie de la nature. Miró lui prête sa fantaisie, mais elle y ajoute les teintes chaudes des terres semi-arides. Et Mathieu guide ses gestes, qu’elle adoucit avec une tendresse presque maternelle dans ses scènes botaniques.
« Ces artistes sont comme des amis qui m’ont montré le chemin », dit-elle un jour à un visiteur de la Galerie Saladin, offrant une petite esquisse comme pour sceller cette confidence. Ses influences ne sont pas des chaînes, mais des ailes qui la portent vers un style unique – un mélange d’abstraction moderne et de naturalisme tunisien, porté par une générosité qui transparaît autant dans son art que dans ses gestes.




Une Artiste qui Mérite les Projecteurs
Henda Labidi n’est pas encore un nom que l’on entend partout, et pourtant, elle devrait l’être. Son histoire résonne comme une invitation à découvrir une artiste différente. Ses influences – Kandinsky, Miro, Mathieu – se mêlent à une sensibilité tunisienne unique, entre abstraction vibrante et nature indomptée. Mais ce qui la rend vraiment spéciale, c’est son humanité. Elle donne sans compter, que ce soit une œuvre, un sourire ou un moment d’écoute.
Imaginez-la dans son atelier, entourée de toiles et de pinceaux, les mains tachées de peinture, un thé à la menthe fumant à côté d’elle. Elle travaille sur une nouvelle série, peut-être inspirée par les vents de Kasserine ou les ruelles de Sidi Bou Saïd. Elle rêve en grand, mais jamais pour elle seule : elle veut que son art touche, inspire, rassemble. « La peinture, c’est ma façon de dire merci à la vie », confie-t-elle.
Henda Labidi est une étoile montante qui brille discrètement, une artiste émergente dont la gentillesse et la générosité égalent la beauté de ses créations. Sur votre prochain voyage en Tunisie, passez par Galerie Saladin – avec un peu de chance, vous la croiserez, et elle vous accueillera comme une amie. Car c’est ça, Henda : un cœur ouvert, une âme d’artiste, et une Tunisienne qui, autrement, mérite d’être connue.

